Véritables palimpsestes, les toiles d'Arno Rocher procèdent
de l'inachèvement, du work in progress. A travers une altération
illimitée, par recouvrements successifs, elles tiennent d'un paradoxe:
mettre en forme la transformation. A partir d'un protocole précis
et récurrent, le choix d'éléments figuratifs qui
se superposent les uns aux autres, ces peintures constituent le moment
d'une expérience, au sens presque scientifique, et qui n'a de cesse
de se prolonger. Dans un processus distancié, il s'élabore
une composition volontiers ludique qui reposerait sur une non décision
constante, tel un agencement en suspension.
Les peintures d'Arno Rocher sont l'endroit de l'errance, de l'exploration et de l'aléatoire. L'idée d'une surface qui s'organiserait d'une manière autonome, chaque motif s'impressionnant les par rapport aux autres, comme un polaroïd à choix multiples. De l'ordre de l'organique et de la sédimentation, elles mettent en oeuvre jusqu'à la saturation, l'action du temps. Quand l'artiste gratte une strate pour en retrouver une autre antérieure, il mime ainsi la mécanique complexe de la mémoire. En effaçant un élément, un autre refait surface ou agit par transparence sur la toile, réceptacle de toutes les combinatoires possibles : un puzzle infini où la dernière pièce serait à trouver et dérangerait le reste de l'ordonnancement.
Les travaux d'Arno rocher articulent une matière qui aménage la densité du temps, une interface à l'équilibre perturbé et changeant, une cartographie mouvante du souvenir. Une peinture qui ne s'arrête pas.
Frédéric Emprou
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